Clélia Tavoillot : “Raconter en extérieur apporte une toute autre dimension”

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Rencontre avec Clélia Tavoillot, que l’on retrouve dimanche 12 mai au Centre des Arts du Récit avec son spectacle “Dans le jardin des Dieux”.

Dans le jardin des dieux reprend six histoires issues des Métamorphoses d’Ovide. Sachant que l’ouvrage en dénombre plusieurs centaines, qu’est-ce qui a attiré votre attention dans ces six légendes en particulier ?

Les histoires rapportées par Ovide témoignent du panthéisme des anciens : animaux, végétaux, minéraux seraient issus de métamorphoses de la main des dieux. Mon intention avec ce spectacle était de raconter les liens sacrés que les Anciens entretenaient avec la nature, et tout particulièrement les arbres et les plantes. J’ai donc choisi des légendes végétales en veillant à une diversité : arbres, arbustes, fleurs, plantes aphrodisiaques… Ovide n’est pas ma seule source, j’ai aussi travaillé à partir de textes grecs (Apollodore, Callimaque et d’autres).

Dans votre spectacle, chaque légende est associée à un chant traditionnel comme la chanson québécoise Si tu te fais rose pour l’histoire d’Apollon et du laurier. Qu’est-ce que cela apporte au récit selon vous ?

Le chant québécois dont vous parlez s’appelle les Métamorphoses. On est loin de la Méditerranée mais c’est le motif des métamorphoses amoureuses qu’il m’a intéressée de mettre en parallèle avec Apollon et Daphné. Le chant dans un récit est comme le parfum d’une rose. On peut aimer la fleur pour sa beauté, on l’aimera davantage si elle est parfumée. Le chant donne une résonance à l’histoire. Il apporte une autre écoute, plus sensible.

Ce spectacle met en avant le lien qu’entretenaient les anciens avec la nature. Est-ce un de vos sujets de prédilection ? Pourquoi ?

La protection de l’environnement me tient à cœur et j’avais envie, avec Dans le jardin des dieux, de sensibiliser les gens à sa préservation par des récits qui les touchent, qui établissent des correspondances entre l’humain et le monde végétal.

Comment votre spectacle, créé en 2016, a-t-il évolué au fil des représentations ?

Il s’est métamorphosé depuis sa création ! À l’origine, j’avais mêlé contes et mythes méditerranéens mais la dimension végétale n’était pas assez forte et puis le spectacle était trop long. Au fil des représentations, surtout lors de balades contées, j’ai saisi l’importance de récits courts à ajuster selon le cadre. J’ai donc resserré mon écriture sur des mythes gréco-romains en bénéficiant d’un regard extérieur plus avisé sur la matière.

Vous jouez parfois ce spectacle en extérieur, à l’occasion de balades contées. La qualité d’écoute est-elle différente dans ce cadre là ? Ce format est-il plus propice à l’improvisation, l’interaction avec votre environnement immédiat ?

Raconter en extérieur apporte une toute autre dimension, dans un jardin comme en pleine nature. Le spectacle Dans le jardin des dieux y trouve le plus bel écho. Une brise, un chant d’oiseau, un craquement de branche. Tout fait résonance. Dans ces moments là, je me sens vraiment à l’unisson avec la nature. Lors de balades contées, le public lâche sa posture de spectateur : on est davantage dans un temps de partage et d’écoute mutuelle. Il n’est pas rare que des passionnés de botanique soient de la partie alors je leur laisse des ouvertures. Il m’arrive aussi de raconter Dans le jardin des dieux avec un naturaliste, au cours de balades contées à deux voix. Nous y mêlons nos approches : artistique et (ethno)botanique. C’est très complémentaire.

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