Yannick Jaulin

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Yannick Jaulin est un porte-parole dont le travail se situe à la croisée du réel, des imaginaires et du merveilleux, du documentaire et de la fiction. Il mêle à la littérature orale, l’écriture née de collectages, la conjonction des mythes et des thèmes contemporains et l’hybridation des disciplines – conte, théâtre, musique, arts de la rue et arts visuels.

Né à Aubigny, il sillonne adolescent les chemins buissonniers de Vendée pour recevoir le savoir des anciens dans le parlanjhe qui est le sien. Durant dix ans, il collecte « la culture des gens de la vie » et, à travers ces contes et ces chants en langue d’oïl – le poitevin-saintongeais, considéré aujourd’hui par l’Unesco parmi les langues en danger – il forge peu à peu un rapport au monde qui, du plus proche, s’adresse au plus lointain. En observant cet environnement local affectif, social et politique, en écoutant les récits intimes de ceux à qui la parole publique n’est pas accordée, il témoigne des processus de dominance globalement à l’œuvre.

Après un premier groupe de rock en parlanjhe, toujours accompagné de musiciens sur scène, il endosse la fonction du conteur. Conteur des histoires qu’on lui confie comme de celles qu’il crée et de celles qu’il vit – pouvant être indéfinissablement véritables croyances ou vérités illusoires. Il transpose à l’art du conte la dramaturgie théâtrale et renouvelle le genre en développant un récit-cadre dans lequel s’enchâssent les autres. Il invite à réconcilier les vivants et les morts ; à honorer le « beau mensonge », la fabulation qui mène au rêve et à la réinvention ; à réaliser ce en quoi le désir de « sauver le monde » peut mener aveuglément, à la dérive dogmatique ; et à un manifeste contre la standardisation linguistique. Lorsqu’il retrouve l’improvisation, il se raconte en creux ; clame que Nous sommes tous nés d’un récit et interroge les mythologies religieuses fondatrices, mortifères lorsqu’elles sont réduites à une vérité.

En 2016, il pose les jalons d’une recherche autour de la transmission à travers le prisme de la langue qui deviendra un diptyque bilingue en deux volets créé en 2018 – Ma langue mondiale composé de Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour avec son complice et musicien béarnais Alain Larribet et de Causer d’amour mis en scène par Philippe Delaigue avec le duo à cordes formé de Morgane Houdemont et Joachim Florent. En 2017, il réalise avec Patrick Lavaud un documentaire sur la langue de ses parents : Parlae parlanjhe, qui accompagne ce diptyque commencé par une traversée avec un âne et un cheval en terres natales, dont il publie un livre Voyage à pas d’âne illustré par les photos de Eddy Rivière.

Comme des ponctuations qui nuancent le sens de son parcours, il joue au théâtre sous le regard de Wajdi Mouawad dans Forêts – 2006 et, passionné par le rapport du texte et de la musique, il collabore avec Martin Matalon, Ars Nova, Andy Emler Trio, Kent, Da Silva et L’Auvergne imaginée. En 2009, il accompagne Sébastien Bertrand, auteur-compositeur-interprète et accordéoniste de Vendée, parti sur les traces de son identité dans un orphelinat de Beyrouth. Le voyage a donné naissance à un spectacle et un livre éponyme, co-écrits par Yannick Jaulin et Sébastien Bertrand (Chemin de la belle étoile, Les ateliers du Cèdre, 2011). Depuis 1988, il collabore à la mise en scène ou l’écriture des spectacles d’artistes dont Titus, Sarclo et Sandrine Bourreau et, récemment, écrit une pièce pour Angélique Clairand et Valérie Puech, Les Oisives – 2016.

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